25/06/2013

L’épopée du Canard

Fondé en 1915, le Canard Enchainé, journal satirique unique en son genre, est un monument de la presse française et l’un de ses titres les plus anciens. Politiquement indépendant, l’hebdomadaire sans publicité a une ligne éditoriale simple : dénoncer les scandales économiques, politiques et judiciaires.

Lancé en pleine guerre par Henri-Paul Deyvaux-Gassier et le couple Maurice et Jeanne Maréchal, le Canard Enchaîné veut échapper à la censure en utilisant un code inspiré des chansonniers de Montmartre (phrases à l’envers et antiphrases). Le journal remporte un succès immédiat, et devient très vite une institution. Après son sabordage pendant l’Occupation, le Canard parait de nouveau en 1944.

C’est à partir des années 70 que le Canard se lance dans le journalisme d’investigation, une spécialité déjà explorée lors de la guerre d’Algérie, le tout sans jamais se départir de son ton satirique et de ses célèbres jeux de mots, à l'image de sa dernière saillie lors de la démission de Benoit XVI : "Benoît XVI se retire avant la fin : le pape dans la position du démissionnaire". Craint par l’ensemble de l’échiquier politique après la révélation de nombreux scandales parmi lesquels les diamants de Bokassa (1979), l’affaire Maurice Papon (1981), l’affaire du Sang Contaminé (1989) ou encore les vacances de Michelle Alliot-Marie en Tunisie (2011), le journal affiche aujourd’hui une santé exceptionnelle, avec une moyenne de 500 000 exemplaires vendus chaque semaine.

Gauche, droite, le canard attaque

Constitué de huit pages avec plus de 30 dessins pour une ou deux photos, le journal n’a pratiquement jamais changé de maquette et a toujours fermé ses pages à la publicité. Sa présence sur le net est elle aussi très limitée, puisque uniquement la Une est mise en ligne. Une formule « à l’ancienne » qui mise avant tout sur ses informations croustillantes et son ton inimitable.
Côté ligne éditoriale, le journal affiche sans complexe une sensibilité anticléricale et antimilitariste mais est considéré comme politiquement indépendant. S’il a manifesté un brin d’enthousiasme lors de l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1936 aussi bien qu’en 1981, la rédaction n’a jamais hésité à dénoncer les dérives de tout bord. Le Canard occupe une place privilégiée dans le paysage médiatique, digne représentant de l’esprit français, même si l’apparition d’un site comme Médiapart peut, pour la première fois, le mettre en concurrence.

Un journal entouré de mystères

Signataire de la Déclaration des devoirs et des droits des journalistes (ou Charte de Munich adoptée en 1971), le Canard protège farouchement ses sources où figurent en bonne place des hommes politiques. Ses détracteurs lui reprochent le plus souvent de faire appel à des maîtres de l’intrigue, avec parfois à la clé, des renseignements douteux comme le faux scoop impliquant le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin dans l’assassinat de Yann Piat. En 2008, deux journalistes ont d’ailleurs publié une enquête intitulée « La face cachée du canard » où figurent quelques interrogations sur les luttes de pouvoir internes, les carrières politiques de certaines plumes ou encore les liens avec quelques communicants. On y apprend notamment que le Journal de Xavière, prédécesseur du Journal de Carla B, était alimenté directement par le communicant de l'ancien maire de Paris, Jean Tiberi et de sa femme Xavière, avec leur accord. Un soupçon de collusion bien encombrant pour un canard si indépendant.


Auteur : Diane La Phung

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